Quelle place pour Rouen dans le paysage aéroportuaire Normand


C'est officiel, Deauville aéroport de Normandie a vécu. Effacé le choix d'un aéroport unique, désigné sans concertation ni logique. Certes central, il ne répondait en rien aux besoins de désserte de proximité des grands pôles urbains et économiques de la région

Le 14 mars aura donc été une date importante pour le sort qui sera réservé aux quatre plate-formes normandes, Le Havre, Caen, Rouen et Deauville même si en dehors de l'idée d'une convergence de gestion, le tracé reste assez flou. On notera bien que les ambitions passées de chacun ne sont pas tout à fait diluées dans le nouveau projet commun et on peut se poser la question de savoir si le partage de l'activité et des rôles se fera bien sur des critères objectifs. En attendant Caen prévoit bien d'allonger sa piste, Deauville de se doter d'une nouvelle aérogare, le Havre d'un nouveau hangar... dans le sens du développement aéronautique donc... Pour Rouen on parle de travaux et de réorganisation immobilière. Un peu flou et pas trop rassurant pour un nouveau départ. Si par travaux on entend reboucher les trous dans la chaussée, refaire les éclairages publics et rendre à l'aéroport un aspect présentable pour l'accueil du public et des passagers, on peut comprendre.

Mais que se cache t'il derrière la réorganisation immobilière? Peut on assimiler le dépeçage du foncier (pluisieurs dizaines d'hectares) réorienté vers des activités non aéronautiques à un développement du site aéroportuaire?

Eventuellement. Si et seulement si cela apporte un avantage à la plate-forme. Une zone hôtelière par exemple se justifierait. Certainement pas s'il s'agit de transformer une partie de l'aéroport en zone commerciale ou en zone d'habitation sans aucun rapport avec l'activité aéronautique. Cela n'aurait aucun intérêt sinon financier pour les réalisateurs du projet. A surveiller de près donc.

Que va t il donc se passer dans les mois à venir? Un audit indépendant des coûts sur chaque entité aéroportuaire sera mené. Que devrait on découvrir sinon que les investissements qui n'étaient plus faits à Rouen atterrissaient sans doute ailleurs (Deauville par exemple). Que le coût annuel d'exploitation de Rouen ne représente que quelques centaines de milliers d'Euros ce qui mis en regard du budget annuel d'une métropole est quotité négligeable. Si 600.000 Euros sont attribués annuellement à l'aéroport, cela représente 0,23% du budget global d'investissement la métropole (264.000.000 € en 2017) soit déjà 10 fois moins que la part globale du transport aérien rapportée au coût des transports en général au niveau national (source UAF). Mais rapporté au buget total de la métropole (810 millions d'Euros en 2017) on tombe à 0,07% !Ce n'est donc pas l'aéroport qui coûte à Rouen et le prétexte d'économies qu'on nous rabâche sans cesse est sinon symbolique, purement anecdotique. Peut on continuer à sacrifier une partie de l'utilité d'un tel équipement pour des bouts de chandelles?

Il faut saluer la reprise des vols commerciaux à Boos. Tous les efforts doivent se concentrer sur la mise en place d'une offre de vols cohérente et suffisante pour permettre à l'aéroport d'atteindre une taille "critique" susceptible d'attirer un volume conséquent de passagers. Si la demande permet d'avoir une offre, (et comment avec 680.000 habitants, un tissus dense d'entreprises n'y aurait il pas de demande?), il ne faut pas oublier que l'offre contribue aussi largement à créer la demande. A condition qu'elle soit bien ciblée au niveau des destinations et juste en terme de fréquence et de prix.

Les Rouennais ne voyagent pas moins que les autres français, ils voyagent simplement avec des contraintes supplémentaires en étant captifs des structures parisiennes.

L'aéroport est aujourd'hui reconnu et confirmé dans son rôle de service public, pour ses missions en rapport avec la santé notamment. Toutefois le développement de son activité globale doit s'appuyer sur l'ensemble des vecteurs de croissance dont le transport commercial de passagers. C'est bien la somme de toutes ces activités qui mises bout à bout permettront à la structure d'atteindre l'objectif qui lui est assigné. L'amputer d'une jambe ne lui permettrait en aucun cas d'avancer mieux même si cela faisait faire l'économie d'une chaussure. C'est pourtant ce choix qui a été fait depuis trop longtemps. L'heure du changement a t elle vraiment sonné?


aéroport de rouen